le billet
Publié le 03 octobre 2017
Par Alexander Templeton, Consultant Pôle Mobilité

Des « Cars Macron » aux gares routières : vers une implication active des collectivités territoriales

Relativement passives jusqu’à lors, la libéralisation du transport par autocar oblige désormais les collectivités territoriales à faire des gares routières de véritables infrastructures au service des voyageurs, non sans défis financiers.

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Occupant le feu des projecteurs médiatiques à l’été 2015, la loi n°2015-990 pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques, dite « loi Macron », a permis la libéralisation du secteur transport en autocar. Celui-ci a immédiatement été investi par les grands opérateurs de transports français et européens à coups de rachats concurrentiels et de fusions. L’ordonnance du 26 janvier 2016 et le décret 2017-107 du 30 janvier 2017, plus discrets, viennent refonder le régime juridique des gares routières avec cette-fois-ci de nombreux enjeux pour les collectivités territoriales.

Ces deux nouveaux textes entendent traiter la problématique importante que pose l’état des gares routières en France, soupçonné de pouvoir retarder à l’avenir la croissance du secteur du transport par autocar. En effet, si la fréquentation des lignes de cars longue-distance (supérieure à 100 km) est en pleine augmentation (6,2 millions de voyageurs en 2016 et près de 8 millions attendus en 2017), une incertitude plane sur la croissance future du secteur. France Stratégie estime le nombre de passagers annuels à 15 à 25 millions de voyageurs en 2030. Ainsi le flux de passagers devrait de toute manière augmenter et il convient de ne pas freiner cette croissance.

Un mauvais équipement des gares routières comme particularité française

Or, contrairement aux autres pays européens voisins, le niveau d’équipement des gares routières françaises est particulièrement mauvais. Selon l’ARAFER (l’Autorité de Régulation des Activités Ferroviaires et Routières), moins de 15% des gares routières du territoire sont équipées de bornes Wifi, 17% d’espace de restauration, 34% de toilettes ou de salle d’attente. L’absence d’équipements de base se trouve tant dans les petits villes que dans les principales métropoles françaises : les gares routières de Montpellier, Bordeaux et Lille ne possèdent ni toilettes, ni espace billettique, ni quais. Dans plusieurs cas, la gare routière n’est qu’un parking adapté aux véhicules longs.

         

Gare routière de Madrid Estación Sur, organisée 
comme un aéroport, desservie par bus et métro,
contenant centre commercial et parking sous-terrain 

  Gare routière de Montpellier avec simple trottoir
Source photo : http://52256948.es.strato-hosting.eu/daibus/estacion-sur-madrid.php  

Source photo : http://www.horaires-bus.fr/gare/montpellier-les-sabines-gare-routiere

Le décret de janvier 2017 liste les équipements obligatoires que devront désormais proposer les gares routières : signalétique d’accès, accessibilité, panneaux dynamiques de départs, diffusion d’informations en cas de perturbations, information multimodale, espace d’information et de vente, toilettes, salle d’attente, distributeur de boissons, espace de restauration, wifi et prises pour portables. Le personnel devra pouvoir également bénéficier de sanitaires et de salle de repos. L’autorité investie pour vérifier la mise en place effective de ces obligations est l’ARAFER. Depuis l’ordonnance de janvier 2016, elle est également compétente en matière de contrôle de l’égalité d’accès des opérateurs aux gares routières et tient un registre des gares recensant l’offre d’accueil des autocars sur le territoire.

Repenser le rapport des collectivités aux gares routières

Ce nouveau cadre juridique invite les collectivités locales à repenser leur rapport aux gares routières, dont elles sont pour la majorité propriétaires et gestionnaires.

La rénovation des gares routières présente un coût d’investissement certain, et s’impose notamment du point de vue de la sécurité des passagers. Elle offre toutefois des opportunités de cercles vertueux :

  • Les gares routières sont appelées à devenir, au même titre que les gares ferroviaires ou les aéroports, des portes d’entrées vers les territoires urbains et leur réseau de transport notamment. En assurant une bonne desserte intermodale, un cadre accueillant voire un dynamisme économique, les gares routières ont tout le potentiel de devenir des centres urbains facteurs d’attractivité du territoire.
  • L’offre de services plus développés aux passagers permet d’envisager la mise en place de péages/redevances d’utilisation des gares aux opérateurs d’autocars plus importantes. Il parait alors possible de rentabiliser les investissements réalisés voire de faire participer les opérateurs au financement.

Les textes sont toutefois peu bavards sur les aspects financiers des gares routières « nouvelle génération », pourtant incontournables face aux efforts de rénovation demandés. Les opérateurs peuvent également montrer des réticences à payer davantage alors que leur rentabilité n’est toujours pas assurée et qu’ils ne tiennent pas à augmenter le prix des billets sous peine de voir leur principale clientèle diminuer. Il convient donc de rester vigilant sur ces questions et d’avancer dans une démarche concertée avec l’ensemble des parties prenantes.

Les collectivités devront également veiller à faire preuve de réactivité sur ce dossier, afin d’anticiper la croissance continue du nombre de passagers. Si globalement les gares routières ne présentent pas de problèmes de capacité, il faudra faire attention à ce que les travaux de rénovation se déroulent avant que les gares atteignent des taux de remplissages élevés. Elles auront tout intérêt à ne pas se faire doubler par d’autres catégories d’acteurs et donc perdre la main sur un potentiel levier de développement du territoire : plusieurs grands groupes de transport (Transdev, SNCF) ont en effet manifesté leur intention de construire leurs propres gares routières ou de devenir gestionnaire des gares existantes.

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Pour en savoir plus…

Alexander Templeton - Consultant Mobilités d’Espelia / Mail : alexander.templeton@espelia.fr
Guillaume Beitz  - Directeur Adjoint Mobilités d’Espelia / Mail : guillauime.beitz@espelia.fr

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