le billet
Publié le 12 mai 2015
Par Clément Fourchy et Guillaume Baumgartner

La dynamique « smart city », levier de transformation des collectivités françaises

Derrière le concept de Smart City, se cache pour les collectivités françaises une opportunité de repenser la façon dont elles mettent en œuvre les services d’intérêt généraux sur leur territoire. Elles doivent saisir cette opportunité afin de placer la question de la nécessaire réduction de leurs coûts de fonctionnement dans une dynamique plus large d’amélioration de leur efficience et de création de valeur pour leurs citoyens.

Le concept de la Smart City se cherche. Comme celle récemment organisée à Paris ou à Toulouse, de nombreuses conférences sont organisées sur le sujet afin de faciliter le passage de la réflexion générale aux actes suivant le triptyque :

  • Une ville plus contributive et fonctionnelle, davantage centrée sur les besoins présents et futurs des citoyens ;
  • Une ville plus durable et résiliente, alliant intelligemment les intérêts sociaux, économiques et environnementaux ;
  • Une ville plus technologique, mobilisant largement le potentiel offert par la révolution numérique et énergétique.

Dans la pratique, « la » Smart City n’existe pas. Créer la ville intelligente ne consiste en effet pas, à de rares exceptions près (par ex. Masdar-city à Abu Dhabi, Songdo en Corée), à partir d’une page blanche. Il arrive parfois que l’on ait l’opportunité de créer des « smart districts », dans le cadre de l’extension ou du renouvellement urbain (ex. initiative Issygrid à Issy-les-Moulineaux). Il est globalement beaucoup plus courant d’avoir à rendre « smarter » les villes existantes en améliorant leur efficience, c’est-à-dire la quantité de valeur (i.e. développement économique, nouveaux services contribuant à la qualité de vie, résilience accrue, etc.) qu’elles produisent pour leurs usagers tout en en limitant le coût pour ces mêmes usagers (i.e. impôts, tarifs, etc.) et l’environnement (i.e. consommation ressources naturelles, etc.).

Ainsi, œuvrer à la Smart City implique de partir d’une situation existante complexe (histoire de l’urbanisation, population, santé économique, choix technologiques réalisés, etc.) et de l’améliorer en coordonnant une multitude d’actions, de natures parfois très diverses (déploiement de solutions technologiques, collecte et traitement de données, concertations, etc.) devant être mise en œuvre, dans le temps, par des acteurs différents (services des collectivités, citoyens, entreprises, associations, écoles et universités, etc.).

Cette démarche requiert en amont un véritable travail de « stratège urbain » consistant en particulier :

  • à renforcer la connaissance des besoins actuels et futurs des différentes catégories d’usagers et de la façon dont la ville y répond aujourd’hui,
  • à développer une vision concertée et dynamique de la façon dont il est possible de répondre à ces besoins en fonction des caractéristiques du territoire, enfin
  • à identifier, prioriser puis activer les leviers et solutions disponibles de natures organisationnelles, sociales, technologiques, culturelles, etc.

Un tel processus permet de définir « son » propre modèle de Smart City. En France, à ce jour, seules quelques agglomérations comme Lyon ont adopté une stratégie Smart City et font figure de pionnières en la matière.

Une fois la stratégie définie, il s’agit ensuite de déployer une authentique opération de conduite du changement à l’échelle d’un territoire urbain. La création de la Smart City dépasse le cadre de la seule action publique. Les collectivités doivent utiliser au mieux leur capacité propre pour créer un « écosystème urbain » intelligent. En particulier, cela implique de leur part:

  • de donner l’exemple en travaillant à rendre plus efficients leur gouvernance et le fonctionnement de leurs propres services (guichet unique, décloisonnement des services, tarification intelligente, usage plus efficace des infrastructures existantes, etc.) ;
  • d’inciter et coordonner l’action des divers acteurs qui font la ville, citoyens, entreprises, associations, autres entités publiques (hôpitaux, services de l’Etat, universités, etc.), autour d’une vision commune.

Ce faisant, les collectivités doivent éviter de nombreux écueils parmi lesquels, on peut notamment citer :

  • Penser la Smart City comme un sujet autonome du fonctionnement « normal » de leurs services et du projet politique ;
  • Se laisser aveugler par l’effet « miroir aux alouettes » que peuvent présenter les nouvelles technologies ;
  • Ne pas prendre suffisamment de recul face aux argumentaires commerciaux des entreprises soucieuses de vendre leurs solutions techniques et veiller en particulier à garantir l’interopérabilité et la durabilité des solutions envisagées.

A une période où les collectivités françaises se voient forcées de faire des efforts financiers importants, s’inscrire dans une démarche Smart City peut permettre de replacer la nécessaire question de la maîtrise des coûts dans une perspective plus large de modernisation disruptive du fonctionnement urbain.

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