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Publié le 01 octobre 2018
Par Stelly Lefort, Consultante pôle Eau et Milieux aquatiques

Les services d'eau face au défi du changement climatique : constats et risques

C’est un fait, le changement climatique est aujourd’hui mesurable : augmentation des températures, modification du cycle de l’eau, montée du niveau marin, etc. Ces changements impactent notamment le grand cycle (i.e. cycle naturel) et le petit cycle (i.e. cycle artificiel) de l’eau, affectant ainsi directement les services d’eau, mais touchant également indirectement les activités dépendantes de l’eau, telles que l’agriculture ou la production d’électricité.

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Des températures en hausse…

Les enregistrements de température montrent que chaque année est globalement plus chaude que la précédente. Les périodes de canicules sont aussi plus fréquentes, plus longues et plus chaudes. Les températures pourraient atteindre 55°C dans l’est de la France d’ici la fin du siècle.

Ces périodes de fortes chaleurs incitent à la consommation d’eau, que celle-ci soit utilisée pour les usages civils, agricoles ou industriels. Les usagers domestiques vont consommer plus d’eau, par exemple pour arroser leur jardin ou remplir leur piscine. Les agriculteurs, eux, ont besoin d’eau pour leurs cultures et leurs élevages. Toutefois, la plus grande consommation d’eau, comptant pour environ la moitié de la consommation annuelle en France métropolitaine, vient des centrales électriques (remplissage des bassins de refroidissement des combustibles nucléaires et consommation des centrales thermiques à flamme).

Prélèvements d'eau en 2013 par usage et par ressource en France Métropolitaine
Équivalence en millions de piscines olympiques

 

Source : Ministère de la transition écologique et solidaire. L’alimentation des canaux débute en 2011.

 

…et une ressource qui se raréfie

Chaque année, les préfectures imposent des restrictions de prélèvements d’eau. En 2017, 68 départements étaient concernés par au moins une mesure de restriction. Au 30 juillet 2018, 31 départements font déjà l’objet d’au moins un arrêté de restriction. Ces arrêtés préfectoraux présentent différents niveaux d’alertes, pouvant aller de la réduction des prélèvements d’eau à l’arrêt total des prélèvements non prioritaires, dont les usages agricoles font partie.

Durant les périodes de sécheresses, les faibles étiages impactent également la production d'hydroélectricité. 

Les services d’eau français sont encore nombreux à dépendre d’une unique ressource. Ils ne disposent ainsi d’aucune solution de secours en cas de pollution ou de pénurie.

Les risques associés à la raréfaction des ressources sont nombreux et peuvent être majeurs. Il est facile d’imaginer les conséquences dramatiques que pourraient avoir une pénurie d’eau sur le fonctionnement d’une centrale nucléaire, ou encore l’impossibilité d’approvisionner une métropole en eau potable. Un des principaux enjeux des services d’eau face au changement climatique est d'ores et déjà de sécuriser la disponibilité et l’approvisionnement en eau.

Sécuriser l’accès à une ressource de qualité

En parallèle de l’enjeu quantitatif se dessine l’enjeu qualitatif : la présence de polluants est en augmentation dans les cours d’eau français. La teneur en pesticides dépasse la norme définie pour l’eau potable (0,1 microgramme / litre) dans 53% des eaux de surface du territoire. Les cours d’eau ont une teneur en nitrates supérieure à la valeur considérée comme naturelle (moins de 10 milligrammes / litre) sur plus de la moitié du territoire dont 15% dépassent la valeur guide européenne de 25 mg / litre au-delà de laquelle l’eau ne devrait idéalement pas être utilisée pour produire de l’eau potable. Depuis quelques années apparaissent aussi dans les cours d’eau de certaines régions du territoire des teneurs en métaux lourds (mercure, cadmium, cuivre, etc.) liés aux activités industrielles.

Les problèmes de pollution, certes indépendants du changement climatique, risquent toutefois d’être exacerbés par ce dernier. En effet, l’augmentation des périodes de sécheresse nuit à la préservation de la qualité des milieux aquatiques. Cette dernière est mise à mal par les faibles étiages en période estivale. Les polluants se retrouvent alors concentrés dans l’eau et impactent l’écosystème, qui est déjà en stress hydrique. 

Des risques naturels qui s’accentuent

Incendie

Les périodes de sécheresse et de fortes chaleurs sont propices aux incendies. Le constat a de nouveau été dressé cet été avec les feux de forêts spectaculaires qui ont eu lieu en Californie, en Grèce ou encore en Suède. Ces incendies nécessitent un accès à la ressource en quantité suffisante pour pouvoir être maîtrisés et exercent une pression supplémentaire sur les réserves d’eau.

Inondation

Les épisodes de fortes pluies sont eux aussi plus fréquents. On se souviendra des crues exceptionnelles de mai et juin 2016 ou du printemps 2018. Les orages ont également causé des dégâts en France cette année (crue éclair, coulée de boues, etc.). Ces événements constituent un risque certain que les exécutifs locaux doivent anticiper pour protéger les populations locales.

Une nouvelle compétence, la Gestion des Milieux Aquatiques et Prévention des Inondations (GeMAPI), a été créée et confiée aux EPCI-FP (Établissement Public de Coopération intercommunale à Fiscalité Propre) au 1er janvier 2018 afin qu’ils s’organisent pour anticiper ces risques. Certains EPCI-FP peinent toutefois à endosser l’ensemble de ces nouvelles responsabilités, faute de préparation, ou par manque de conscience du risque.

Submersion marine

L’augmentation du niveau des océans qui accompagne le réchauffement du climat présente deux menaces fortes :

  • L’augmentation du risque de submersion marine lors des tempêtes ;
  • L’accentuation de l’érosion des côtes.

Ces deux facteurs menacent les infrastructures et les populations littorales qui, face à la montée des eaux, n’auront pas d’autre choix que de s’adapter.

Le changement climatique met ainsi les services publics, dont les services d’eau, face à des défis qu’ils devront surmonter. Mais comment s’adapter ? Quelles sont les solutions à imaginer ? Quels sont les outils mobilisables ? Nous vous apporterons des éléments de réponse dans un prochain article.

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