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Publié le 11 décembre 2014
par Thomas Le Jeune, ingénieur consultant, Pôle Eaux et Milieux Aquatiques

Les services d’eau et d’assainissement dans les départements d’outre-mer : problématiques spécifiques et enjeux communs

Après avoir assuré la représentation locale d'Espelia dans l’Océan Indien et travaillé sur les contextes Antillais, Thomas Le Jeune revient sur les spécificités qui l’ont marqué et les principaux enjeux des services d’eau et d’assainissement dans les DOM.

Comme pour l’ensemble des secteurs de l’action publique locale, les autorités organisatrices des services d’eau et d’assainissement dans les DOM doivent faire face à des problématiques bien spécifiques mais interviennent dans un cadre et avec des outils proches de leurs homologues métropolitains. 

Un besoin d’extension et de renouvellement du patrimoine

Les services de production et d’approvisionnement en eau potable se sont généralisés dans les DOM entre les années 50 (La Réunion) et aujourd’hui (Mayotte et Guyane). Ces services sont ainsi globalement bien plus jeunes que la majorité des services métropolitains et commencent seulement à faire face à de premiers besoins de renouvellement de leurs installations, sous peine de voir les rendements diminuer rapidement. Concernant l’assainissement, voici seulement une dizaine d’années que les stations d’épurations performantes voient réellement le jour[1]. Aujourd’hui, l’accent est mis sur les infrastructures de potabilisation qui constituent la nouvelle priorité des services de l’Etat et bailleurs. 

Des contraintes techniques insulaires et tropicales

Malgré leurs disparités, tous les services présentent des difficultés techniques marquées : que ce soit au niveau de la ressource (ex. remontée du biseau d’eau salée dans les nappes littorales réunionnaises, pollution des eaux souterraines à la chlordécone à La Martinique, relief montagneux), de la sensibilité du milieu récepteur (ex. Lagon mahorais, Baie de Fort de France). Par ailleurs, le positionnement des territoires « domiens » sur les trajectoires cycloniques imposent une capacité de réponse aux situations de crise.

Des surcoûts liés à l’éloignement, à la fiscalité et… au manque de concurrence

En matière de travaux, comme en matière de fournitures, les services sont confrontés à d’importants surcoûts, parfois appelés « coefficient d’approche » (facteur multiplicatif entre le « coût Métropole » et le coût « rendu dans le DOM »), qui peut dépasser 50%.

La question foncière, critique sur ces territoires, pèse également sur les coûts voire sur la faisabilité même des projets de manière directe (implantation d’une station) ou indirecte (coût de valorisation des boues d’épuration).

Les coûts de transport et la fiscalité (octroi de mer) pèsent forcément sur les factures à régler aux fournisseurs mais les services souffrent également d’une concurrence moins intense qu’en Métropole entre les acteurs privés (même si les choses évoluent progressivement).

Forces et opportunités pour améliorer  l’efficience des services

Pour autant, les services bénéficient aussi de certains atouts. Ainsi, par exemple, les assiettes de facturation (nombre d’abonnés et volumes facturés) sont généralement encore en augmentation contrairement à la tendance Métropolitaine.

Par ailleurs, le statut de Région Ultrapériphérique donne accès aux financements européens et/ou nationaux qu’ils soient générées par l’Etat (encore très présent sur le sujet par rapport à la Métropole), les Collectivités Locales ou les Offices de l’Eau dont l’intervention s’intensifie (à l’exception de Mayotte).

Enfin, il existe une certaine émulation entre les services et de nombreuses initiatives fleurissent afin d’optimiser les performances et l’efficience des services : projets de coopération, partenariats de recherche appliquée, études innovantes au niveau départemental…



[1]La France ayant d’ailleurs été sous la menace d’un contentieux européen pour la mauvaise qualité de l’épuration dans les DOM : les moyens ont été mis et les DOM comblent leur retard sur ce point.

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