le billet
Publié le 02 mars 2021
Par Cécile BRUNE, Consultante Pôle Développement local

La survie du thermalisme français en question face à la crise sanitaire COVID

Fortement mis à mal par la pandémie, contraint de se réinterroger dans le court-terme pour survivre au COVID, le thermalisme français pourrait-il aussi constituer une solution de sortie de crise ?

Un secteur déjà structurellement fragile

En dépit du rebond observé depuis le début des années 2010, le thermalisme demeure en France un secteur économique fragile, marqué par des marges d’exploitation généralement relativement faibles, et caractérisé par d’importantes disparités. En effet, les fréquentations en hausse et l’appétit des investisseurs pour le secteur ne doivent pas faire oublier les très grandes inégalités du secteur, aussi bien en termes de nombre de curistes par an, d’impact économique sur le territoire ou encore de mode de gestion. A titre d’exemple, sur les quelques 110 établissements thermaux français, les 5 plus importants (Balaruc, Dax, Gréoux, Aix et Amélie) ont accueilli ces dernières années (hors 2020) plus de 30 000 curistes par an, concentrant ainsi 1/3 de la fréquentation nationale. Inversement, une vingtaine de stations dispense annuellement moins de 2 000 cures par an, alors même que le seuil de rentabilité présumé est supposé supérieur à 2 500 voire 3 000 curistes par an. Par ailleurs, même si la gestion privée, en pleine propriété ou par délégation de service public, est très largement majoritaire, environ 25% des établissements thermaux demeurent en gestion publique ou parapublique, sous forme de régie, de société d’économie mixte (SEM) ou de société publique locale (SPL).

La survie du secteur en question

Cette fragilité structurelle conduit aujourd’hui le secteur du thermalisme à subir de plein fouet la crise sanitaire. Avec seulement 4 mois de fonctionnement en 2020, le tout dans des conditions très contraintes et avec des fréquentations baissières, les établissements thermaux et les stations thermales se trouvent aujourd’hui dans une situation économique particulièrement inquiétante. Le CNETh, unique syndicat professionnel du secteur, rassemblant 106 établissements sur les 110 au total, est d’ailleurs monté au créneau en janvier 2021 pour demander une aide exceptionnelle de l’Etat en vue de la survie pure et simple du secteur. Au-delà des emplois directs concernés, il convient de rappeler l’ensemble des emplois indirects et induits générés par le thermalisme, soit de l’ordre de 100 000 emplois au total, en premier lieu dans l’hôtellerie, mais aussi dans la restauration, les prestataires de services et les commerces locaux.

Des mouvements de fond à attendre dans le très court terme

Symbole de la crise, le tribunal de commerce de Nanterre a récemment placé le parc thermal de Montrond-les-Bains (Loire) en redressement judiciaire, à la suite du dépôt de bilan le 25 novembre dernier. En gestion privée (gestionnaire Opalia), et malgré les indemnités perçues au titre du chômage partiel, l’établissement n’a pas pu honorer toutes ses charges, notamment des charges fixes particulièrement élevées dans le secteur : son destin est aujourd’hui entre les mains des juges. Autres victimes au premier plan de la crise sanitaire, les établissements en régie directe – de surcroît généralement parmi les plus petits établissements – font actuellement peser un poids écrasant sur les finances des collectivités, qui ne recourent pas au dispositif d’activité partielle pour leurs agents. Cette situation inquiétante, qui vient aggraver la dégradation de leur niveau d’épargne nette, conduit aujourd’hui certaines collectivités à réinterroger le modèle, souvent historique, de la régie publique de leurs thermes.

Le thermalisme, solution de sortie de crise ?

Le thermalisme français se trouve ainsi à un nouveau tournant de son histoire. Les établissements thermaux pourraient-ils toutefois être vus comme une solution de sortie de crise, à l’heure où nous commençons à peine à prendre la mesure de l’ampleur des traumatismes post-covid ? Anxiété, dépression, troubles du sommeil, mais aussi tentatives de suicide, stress post-traumatique, sédentarité, prise de poids… autant d’affections qui peuvent ou pourront être au cœur des programmes de prise en charge des établissements thermaux. La redéfinition des activités des établissements thermaux est donc primordiale.

En réponse à des objectifs financiers, des mouvements d’ampleur sont à escompter, potentiellement vers un recours d’autant plus croissant à la gestion privée, y compris la cession de l’établissement, mais aussi vers une concentration d’autant plus forte du secteur aux mains des opérateurs multi-sites les plus solides qui auront su faire face à la crise. Ces orientations peuvent être lourdes de conséquences et nécessitent, tant sur la forme que sur le fond, une analyse poussée.

 

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