Rédigé par Séverine CHARRIERE, directrice adjointe du pôle DECA, Claire MASSONI, consultante junior du pôle DECA et Nicolas CRINQUANT, directeur senior
Le secteur agricole français fait face à de nombreux défis (renouvellement générationnel, pratiques agricoles respectueuses de l’environnement, etc.) tous connectés d’une manière ou d’une autre à l’enjeu économique de la juste rémunération des agricultrices et agriculteurs français. Parvenir à un équilibre économique de son exploitation agricole revêt bien souvent un caractère utopique au sein de certaines filières1. Cette situation n’est pas nouvelle (les cours de gestion en écoles d’agronomie enseignent depuis longtemps comment atteindre un bilan comptable équilibré avec les aides européennes) et s’explique en partie par un rapport de force récurrent entre les industriels et distributeurs, très organisés et regroupés face aux agriculteurs1.
Figure 1 : Concentration économique dans les secteurs de l’agroalimentaire et de la distribution en France. Source : Les Greniers d’Abondance CC BY-NC-SA, d’après Agreste (2021)2 et Autorité de la Concurrence (2020)3
De l’amont vers l’aval de la filière, les acteurs sont de plus en plus structurés et concentrés, ce qui leur offre un rapport de force favorable pour négocier les prix les plus bas possibles aux producteurs. Ainsi, les agriculteurs subissent depuis de nombreuses années les variations des cours des marchés, une demande des consommateurs de denrées les plus abordables possibles et les aléas climatiques, sans pouvoir toujours les répercuter facilement sur leurs prix de vente. L’ensemble des filières agricoles est touché par le phénomène même si celui-ci est particulièrement visible sur les filières animales4, hors volailles5.
Suite aux Etats Généraux de l’Alimentation (EGA) lancés en 2017, la loi Egalim a été promulguée le 30 octobre 2018 et mise en application à partir du 1er janvier 2019. Cette loi a deux principaux objectifs qui se déclinent en de nombreuses mesures6 :
Les premiers constats d’application de la loi sont mitigés1. En effet, malgré des gains économiques globaux réalisés par les filières et une dynamique forte pour favoriser plus de denrées de qualité (SIQO7) dans les assiettes de la restauration collective, les agriculteurs n’ont pas toujours obtenu d’amélioration de leurs revenus1. De plus, les mesures mises en place et en particulier le relèvement du seuil de vente à perte de 10% et l’encadrement des promotions ont eu plutôt tendance à fragiliser les PME et renforcer les marques nationales, les distributeurs et l’Etat (via la TVA)1.
Pour renforcer et améliorer son action, la loi Egalim 2 a été promulguée le 18 octobre 2021, soit moins de trois ans après Egalim 1. Cette seconde loi rend obligatoire8 la contractualisation pour les agriculteurs avec une définition du prix basée sur des indicateurs de production et une révision de celui-ci en fonction des variations du marché. De plus, la loi Egalim 2 s’appuie sur les recommandations d’améliorations issues des premiers retours sur la mise en place d’Egalim 1 et propose des évolutions sur les différents maillons de la chaîne (de valeur) alimentaire9 :
Cette rationalisation des relations entre les maillons de la chaîne est louable afin de garantir la protection des revenus et aussi la transparence du système. Il est à noter cependant ce qui a été soulevé par plusieurs acteurs des filières : la lourdeur importante que cette rationalisation impose et sa non-adaptation à certains cas particuliers (cf. billets suivants).
De plus, il est à noter que les lois Egalim 1 puis 2 se mettent en place dans un contexte inédit de guerre en Ukraine et d’inflation généralisée sur les produits du quotidien, compliquant sa mise en place et son application auprès des différents acteurs.
1 Serge Papin (2021) Rapport de la mission de médiation et de conciliation concernant le bilan de la loi Egalim et la nécessité de mieux rémunérer la chaine de valeur agricole https://agriculture.gouv.fr/file/rapport-de-la-mission-de-mediation-et-de-conciliation-concernant-le-bilan-de-la-loi-egalim-et
2 Agreste (2021) Graph’Agri (2021) Entreprises. IAA et commerce de gros agroalimentaire par catégorie
3 Autorité de la Concurrence (2020) Centrales d’achat : l’Autorité accepte les engagements proposés par Casino, Auchan, Metro et Schiever. URL : https://www.autoritedelaconcurrence
4 Dans la filière animale, cela peut notamment entrainer des ventes à perte
5 INSEE (2017) Revenus d’activités mensuels en 2017 dans l’agriculture
6 Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire (2019) Infographie - EGalim 1 : loi pour l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine et durable https://agriculture.gouv.fr/infographie-egalim-1-la-loi-agriculture-et-alimentation
7 Signes officiels de la qualité et de l'origine : Bio, Label Rouge, AOP/AOC, IGP, Spécialité traditionnelle garantie (STG)
8 auparavant volontaire dans Egalim 1
9 Chambre d’Agriculture de Normandie (2022) Loi EGALIM 2 : Synthèses et premières mises en œuvre https://normandie.chambres-agriculture.fr/fileadmin/user_upload/Normandie/506_Fichiers-communs/PDF/Actualite/Egalim_note_COREP_fev2022_PhiL.pdf
Restez informé de l'actualité
Espelia accompagne les collectivités, les acteurs publics et leurs partenaires dans la conception, la gestion et la transformation des politiques publiques locales. Cabinet de conseil engagé au service de l'intérêt général, Espelia mobilise des expertises stratégiques, juridiques, financières et opérationnelles pour aider les territoires à construire des solutions durables et résilientes.