Déserts médicaux - Episode 1 : Au-delà de l'attractivité, l'action locale

Mélodie Fortier et Marie Richard

Article publié le : 7 avr. 2026

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Mélodie FORTIER

Directrice de pôle


Reconduites ou nouvellement élues, les équipes en charge des blocs communaux se préoccupent légitimement de l’accès aux soins de leurs concitoyens et de la réduction des « déserts médicaux ». Cette expression mélange en réalité trois difficultés différentes : une pénurie relative de professionnels, une mauvaise répartition territoriale de l’offre, et une inadéquation de l’organisation des soins aux besoins réels des habitants. Pour les élus, l’enjeu n’est donc pas seulement celui de l’attractivité mais de créer les conditions d’un accès durable aux soins, au croisement des politiques locales : santé, logement, mobilités, insertion & emploi, autonomie et cohésion sociale.

 

Déserts médicaux : de quoi parle-t-on ?

 

Le désert médical n’est pas qu’une affaire de ruralité. La DREES rappelle que les difficultés d’accès aux soins touchent aussi des zones urbaines défavorisées. L’ANCT précise que ces zones regroupent désormais 1 609 quartiers et 6 millions d’habitants, dans des territoires marqués par un accès limité aux services et aux soins.

Rural isolé, périurbain sous tension, quartier populaire cumulant fragilités sociales et difficultés d’accès… la réponse doit s’adapter à la réalité des territoires et aux caractéristiques des populations

Plus de professionnels ne veut pas automatiquement dire meilleur accès : la DREES indique qu’entre 2022 et 2023, l’accessibilité moyenne aux médecins généralistes s’est dégradée de 1,4 % et s’établit à 3,3 consultations par an et par habitant. Dans le même temps, l’écart entre les 10 % de population les mieux dotés et les 10 % les moins bien dotés s’est encore creusé : 5,6 consultations annuelles accessibles en moyenne pour les premiers, contre 1,4 pour les seconds. Pourtant, au 1er janvier 2025, la France compte 237 200 médecins en activité, dont 100 000 généralistes. Autrement dit : l’augmentation des effectifs ne se traduit pas mécaniquement par une amélioration de l’accès réel aux soins.

Ajoutons que l’IRDES estime que 11,4 % de la population générale n’avait pas de médecin traitant en 2024 ; c’était aussi le cas de 4,4 % des patients en affection de longue durée. La difficulté à entrer dans le système de soins, à être suivi dans la durée, à accéder aux spécialistes alimente directement le volume de soins non programmés, l’aggravation de la dépendance ou encore le report vers les urgences.

Ces distinctions sont essentielles pour les élus locaux : la réalité de l’accès aux soins dépend certes de l’installation de professionnels de santé, mais également de leurs modalités d’organisation et de coopération et de la permanence des soins.

La démographie médicale envoie par ailleurs des signaux contrastés. La profession s’est un peu rajeunie : l’âge moyen des médecins actifs est de 49,9 ans début 2025, contre 51,1 ans en 2012. Mais 49 % des médecins ont encore 50 ans ou plus. Dans les structures accompagnant les personnes handicapées les médecins ont 57 ans en moyenne.

Dans les secteurs sanitaire et médico-social, la DREES note que 74 % des structures pour enfants handicapés et 68 % des structures pour adultes déclaraient des difficultés de recrutement fin 2022. Afin de contrer le phénomène, la CNSA soutient depuis 2021 des plateformes des métiers de l’autonomie précisément pour aider les structures à recruter et à fidéliser leurs professionnels ; le dispositif doit être généralisé d’ici à 2027.

Un territoire qui veut améliorer son accès aux soins doit regarder en même temps la médecine de ville, l’hôpital, le domicile, les SAD, les EHPAD, le handicap, les transports et les ressources humaines.

Les leviers relèvent ainsi d’une gestion prévisionnelle territorialisée des compétences médicales et paramédicales en agissant sur les modes d’exercice, la possibilité d’un exercice coordonné, l’allègement de la charge administrative et plus généralement la qualité de vie. Pour le médico-social et les paramédicaux, les leviers RH sont souvent encore plus centraux : organisation des plannings, temps de trajet, encadrement de proximité, formation, reconnaissance, perspectives d’évolution et prévention de l’usure.

En ce sens, le vrai sujet n’est pas seulement d’attirer, mais de rendre durable l’exercice professionnel sur un territoire.

Les communes et les intercommunalités en première ligne pour répondre aux enjeux de l’accès aux soins

Les premiers engagements en faveur de l’attractivité valorisaient la mise à disposition de locaux, de logements ou la délivrance d’aides à l’installation. Si ces politiques locales ont pu être efficaces, elles ont aussi généré des effets de bord importants : concurrence entre territoires ou employeurs, effet d’aubaine pour les professionnels.

La bonne entrée est celle du projet de territoire. Autrement dit : quel diagnostic partage-t-on ? Quels besoins veut-on couvrir ? Quelle organisation veut-on rendre possible ? Et avec quels partenaires ? Quels sont les freins très concrets à l’installation ou au maintien : logement, emploi du conjoint, mobilité, garde d’enfants, offre culturelle, qualité de vie…?

À partir de là, la collectivité peut structurer une réponse coordonnée : les maisons de santé pluriprofessionnelles, les centres de santé et les CPTS jouent ici un rôle important, à condition d’être pensés comme des outils au service d’un écosystème local. L’intérêt de ces dispositifs est documenté : l’IRDES montre que, dans les territoires à faible accessibilité, les maisons de santé favorisent l’installation et le maintien de jeunes médecins généralistes. La DREES observe aussi que les MSP sont mieux organisées collectivement pour prendre en charge les soins non programmés.

Enfin, une politique locale crédible de lutte contre les déserts médicaux articule toujours santé, logement, mobilité et emploi. C’est souvent cette combinaison qui rend un territoire réellement attractif et c’est cette réalité qui légitime l’action des maires et des présidents d’intercommunalité sur ces sujets sensibles.

Cette approche intégrée appelle à mener de véritables coopérations institutionnelles, en associant l’acteur majeur qu’est l’Agence régionale de santé, mais également les échelons départementaux et régionaux.

Le pacte de lutte contre les déserts médicaux présenté par le Premier ministre le 25 avril 2025 confirme cette logique. Parmi ses quatre propositions centrales figure explicitement la nécessité de créer, avec les élus locaux, des conditions d’accueil attractives pour les étudiants et les professionnels de santé sur tout le territoire. Cette territorialisation s’est prolongée à l’automne 2025 par l’identification de 151 zones prioritaires dites « zones rouges », appelées à bénéficier progressivement de « cabinets solidaires ».

L’exemple du Grand Est est intéressant à cet égard. La Région y a créé le GIP « Salariat Grand Est », pensé pour recruter et salarier des médecins, gérer des centres de santé dans les zones rurales sous-denses et coordonner Région, Départements, intercommunalités et partenaires, avec une gouvernance associant notamment l’ARS et l’Assurance maladie dans un collège consultatif. Le modèle repose sur un partage du financement et la mise à disposition de locaux par les collectivités. Plus largement, la Région Grand Est s’est associée à l’État, à l’ARS et à l’Assurance maladie pour déployer la télémédecine et travailler les questions d’accès et de mobilité.

L’Occitanie offre un autre modèle, déjà largement déployé. Le GIP « Ma santé, Ma Région », structure partenariale associant la Région, d’autres collectivités locales et les universités de médecine, a pour objet d’embaucher des médecins généralistes et de gérer des centres de santé permettant l’exercice salarié. La Région indique qu’en 2025, 22 centres étaient ouverts dans 10 départements, ces centres avaient déjà assuré 300 000 consultations et permis à 31 000 personnes de choisir un centre comme médecin traitant. Le groupement rassemble aussi des départements, des communes, des intercommunalités et des représentants des professionnels. Son attractivité tient aussi au modèle d’exercice proposé : travail en équipe, exercice coordonné, organisation des visites à domicile, décharge administrative et temps de travail stabilisé.

Ces expériences montrent une chose simple : la bonne réponse n’est ni purement nationale, ni purement locale. Elle repose sur des coopérations solides entre ARS, collectivités, Assurance maladie, universités, établissements et acteurs de terrain basées sur une connaissance fine du territoire et des habitants.

Il n’existe pas un seul « bon support » pour incarner la volonté des élus de faire bouger les lignes : contrat local de santé, projet de plateforme des métiers ou définition d’un modèle intégré au niveau du territoire…

 

Espelia vous accompagne dans votre projet de santé

Implanté au côté des élus locaux depuis 30 ans et rompu aux projets structurants et complexes, Espelia est à vos côtés pour :

Objectiver.
Espelia peut aider à établir un diagnostic territorial précis et pédagogique : offre existante, accessibilité, tensions RH, patientèle sans médecin traitant, soins non programmés, articulation ville-hôpital-domicile, fragilités du médico-social, parcours des publics âgés ou vulnérables. Cette phase permet de sortir des impressions et de poser un débat local sur des bases partagées.

Concevoir.
Espelia peut ensuite co-construire des scénarios réalistes et territorialisés : stratégie d’attractivité médicale, structuration d’une maison ou d’un centre de santé, organisation d’un exercice coordonné, articulation avec une CPTS, renforcement des coopérations avec l’hôpital, le domicile, l’autonomie et le médico-social.

Mettre en œuvre.
L’enjeu n’est pas seulement de définir une ambition, mais de rendre l’action possible. Cela peut passer par une assistance à maîtrise d’ouvrage pour une maison de santé, l’animation des acteurs, la formalisation d’un appel à manifestation d’intérêt, la sécurisation de la trajectoire opérationnelle.

Piloter.
Enfin, Espelia peut accompagner le pilotage dans la durée : indicateurs, feuille de route, revue de trajectoire, coordination institutionnelle, retours d’expérience, benchmark enrichi et évaluation

 

Mélodie Fortier - melodie.fortier@espelia.fr
Marie Richard - marie.richard@espelia.fr 


Espelia accompagne les collectivités, les acteurs publics et leurs partenaires dans la conception, la gestion et la transformation des politiques publiques locales. Cabinet de conseil engagé au service de l'intérêt général, Espelia mobilise des expertises stratégiques, juridiques, financières et opérationnelles pour aider les territoires à construire des solutions durables et résilientes.

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