Le RER métropolitain, simple annonce ou véritable projet ? - Episode 1

Rédigé par Thierry DUBOST, consultant du pôle Mobilités

Article publié le : 13 déc. 2023

 

Carte des projets RER métropolitains en France

Le 27 novembre 2022, le Président de la République annonçait vouloir développer des RER métropolitains, ou trains urbains, dans dix métropoles françaises comme alternatives à la voiture, suscitant un grand intérêt parmi les élus régionaux et des grandes métropoles.

L’objectif affiché, centré sur l’écologie, l’économie et la qualité de vie dans les villes, est de faciliter les trajets pendulaires sans voiture et de décarboner ces trajets.

Il s’agit surtout d’accélérer le mouvement initié par la loi d’orientation des mobilités (LOM) votée en 2019 et la mise à l’étude d’une quinzaine de projets comme à Strasbourg, Lille, Bordeaux ou Toulouse, et donner la priorité à dix d’entre eux.

Si le calendrier s’inscrit sur le long terme, il restera à traiter la question du financement avec un niveau d’investissements nécessaires estimé à près de 1 milliard d’euros par projet en moyenne, prenant en compte les besoins d’adaptation du réseau ferré existant. L‘effort devra être équilibré entre les autorités organisatrices, les régions concernées et l’Etat et devra non seulement permettre de couvrir les investissements, mais aussi d’anticiper le financement de la future exploitation.

L’Assemblée Nationale a voté le 15 novembre 2023 une proposition de loi qui pose les jalons de ce vaste projet, avec une interrogation sur le montant de l’aide de l’Etat annoncé à 767 M€ pour un cout global estimé à 15-20 milliards.

 

De quoi parle-t-on ?

Le Conseil d’orientation des infrastructures définit les services express régionaux métropolitains (SERM) comme « une offre ferroviaire destinée aux voyageurs proposant une fréquence à l’heure de pointe inférieure à 20 minutes et en heure creuse inférieure à 60 minutes ». Il précise qu’un projet de SERM est avant tout un projet d’organisation et de développement du service rendu aux habitants avant d’être un projet d’infrastructure. Le « choc d’offre » a pour but de faire basculer les usages dans les mobilités du quotidien. Il doit s’accompagner de mesures complémentaires pour drainer les habitants depuis leur domicile parfois éloigné des grands axes de circulation jusqu’aux centres urbains à travers des solutions de rabattement et des pôles d’échanges multimodaux, des réseaux de bus locaux ou des lignes express plus structurantes capables de proposer un parcours client complet dans des conditions de confort supérieures et intégrant l’information voyageur en temps réel avant et pendant le voyage. Un vaste programme qui pourra également venir proposer des solutions crédibles pour contrebalancer les mesures plus contraignantes induites par le déploiement des ZFE.

La proposition de loi présentée par le député des Bouches-du-Rhône Jean-Marc Zulesi, et votée en première lecture à l’Assemblée Nationale le 16 juin, puis au Sénat récemment, vise à organiser la mise en œuvre des 10 SERM (nom officiel !) dans les 10 ans à compter de la promulgation de la loi.

 

Quels modèles en Europe ?

En France, quand on parle de SERM, on pense immédiatement RER francilien avec ses côtés positifs : fréquence, amplitude et rapidité de déplacement, mais aussi ses côtés plus sombres : sur-fréquentation en heures de pointe ou problèmes techniques récurrents. On oublie que le Leman Express, véritable RER de Genève, dessert Annemasse depuis 2019 avec une qualité de service reconnue.

Carte des RER en service en Europe

© objectifrerm.fr

De très nombreux pays ont développé ce type de service dans des agglomérations de tailles très différentes.

  • La Suisse, en dehors du Leman Express déjà mentionné, connait le concept S-Bahn/RER depuis longtemps, à Zürich, Berne, Bâle ou Lausanne. Il a été adopté au total par une douzaine de réseaux.
  • L’Allemagne compte 15 réseaux de type S-Bahn/RER dans les grandes agglomérations comme Berlin et Hambourg et dans les grandes capitales régionales.
  • En Italie, une dizaine d’agglomérations proposent des services ferroviaires métropolitains, avec l’aménagement de « passante » pour relier les grands axes ferroviaires et les lignes complémentaires. C’est le cas à Milan, Turin ou Bologne.
  • En Espagne, les réseaux « Cercanias » sont très développés à Madrid et à Barcelone. Ils se sont étendus progressivement à plus d’une dizaine d’agglomérations.
  • Le Portugal a mis en place trois réseaux ferroviaires métropolitains.
  • À l’est de l’Europe, le concept s’est développé en Autriche, en Hongrie ou en Pologne.
  • En Scandinavie, le réseau S-Tog de Copenhague est souvent cité en exemple en raison de son intermodalité avec le vélo.
  • En Angleterre, la « Elizabeth Line » de Londres inaugurée en juin, est le premier projet de RER du pays.

Au total, la carte ci-dessus, élaborée par l’association « Objectif RER métropolitains » recense plus de soixante réseaux de type RER en Europe.

À suivre… Episode 2 : Que seront les SERM à la française ?

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