Maxime Ballu
Alors que l’Assemblée nationale examine la proposition de loi visant à garantir la gratuité des parkings dans les hôpitaux publics pour les patients, visiteurs et personnels sur leur temps de travail déposée le 16 septembre 2025, le sujet du stationnement hospitalier prend une dimension nouvelle, politique et normative.
Cette initiative législative et les débats associés traduisent un dilemme dogmatique : l’accès aux soins ne devrait pas être grevé par des coûts annexes alors même que les infrastructures publiques de santé sont en recherche de nouvelles sources de financement.
Dans ce contexte, le stationnement dans les établissements hospitaliers publics, longtemps relégué à une gestion locale, s’impose désormais comme un sujet d’enjeux multiples — juridiques, économiques, sociaux, opérationnels. Pour les hôpitaux, l’introduction d’une tarification (ou son inverse, la gratuité) ne relève pas seulement d’un arbitrage interne, mais s’inscrit dans une trajectoire partagée entre service public, contraintes de gestion et attentes sociales.
Face à la pression budgétaire, de nombreux hôpitaux ont opté pour la tarification de leurs parkings — une option qui peut paraître logique en termes de régulation ou d’autofinancement, mais qui soulève des questions d’équité, d’acceptabilité et de finalité du service public hospitalier. Parmi les exemples polémiques régulièrement cités, on note par exemple les jusqu’à 62,40 € pour 24h proposés dans un centre nantais.
À l’ère où la loi peut redessiner les contours de cet équilibre, le stationnement hospitalier se pose désormais comme un levier stratégique à anticiper plutôt qu’un simple poste de recettes.
Conformément à l’article L6112-2 du Code de la santé publique, les établissements hospitaliers ont pour mission d’assurer « un accueil adapté et permanent ». À ce titre, le stationnement, bien qu’accessoire dans les textes, participe pleinement des conditions matérielles d’accès aux soins, notamment pour les patients chroniques, les publics fragiles ou les aidants.
Dans les faits, les hôpitaux peuvent choisir d’exploiter eux-mêmes leurs parkings ou de les confier à un opérateur dans le cadre d’un contrat de délégation de service public. Cette seconde option permet de faire porter les investissements par un tiers, mais elle complexifie les arbitrages tarifaires et introduit parfois des logiques commerciales mal comprises par les usagers.
Les constats établis dans le cadre de nos missions d’AMO sur plusieurs sites hospitaliers mettent en évidence la complexité de gestion d’un site soumis à de fortes pressions de stationnement.
Quelques constats clés issus de nos diagnostics :
Les analyses ont permis d’objectiver les tensions entre les différents publics (patients, personnels, logistique, services d’urgence…), de quantifier les phénomènes de saturation ou de congestion, et d’identifier des pistes concrètes de recomposition : création d’ouvrages de stationnement, réaffectation des accès, pilotage par typologie d’usagers, scénarios tarifaires différenciés.
Face à cette situation, les établissements sont placés dans une tension structurelle : ils doivent à la fois garantir la fluidité des flux et l’accessibilité au site, tout en maîtrisant les coûts d’exploitation. La tarification peut, dans certaines configurations, jouer un rôle utile : éviter les voitures ventouses, inciter à la rotation, permettre d’assurer une équilibre du projet de service quand bien même celui comporte des investissements.
Mais pour assurer sa réussite, la mise en œuvre de cette tarification suppose :
La proposition de loi en cours d’examen au Parlement, visant à rendre obligatoire la gratuité du stationnement dans les établissements hospitaliers publics, pourrait profondément modifier le cadre d’action des établissements.
Elle soulève plusieurs questions :
Si cette réforme aboutit, elle exigera de repenser les modèles économiques en vigueur dans les hôpitaux.
Cette évolution pourrait ouvrir la voie à des solutions de gouvernance ou de modes de gestion peu plébiscitées aujourd’hui, telles que la création de Sociétés Publiques Locales (SPL) dédiées à la gestion du stationnement et des mobilités associées, permettant aux établissements hospitaliers de porter eux-mêmes, avec leurs partenaires publics, les investissements et l’exploitation, dans une logique de maîtrise renforcée de la gestion du service.
Espelia et Tecurbis accompagnent plusieurs établissements hospitaliers dans la définition d’une stratégie de stationnement intégrée à leur politique d’accueil et d’aménagement.
Notre approche vise à :
On l’a compris, le questionnement du stationnement dans les centres hospitaliers ne peut plus être considéré comme un parent pauvre de la politique d’accueil, mais doit être considéré comme un maillon essentiel du parcours de l’usager et du modèle économique de ces infrastructures.
Dans ce cadre, les hôpitaux devront identifier de nouveaux leviers de financement pour maintenir la qualité de service et assurer la soutenabilité des infrastructures. Des solutions telles que l’intégration du stationnement à des projets multifonctionnels (logistique, IRVE, mobilités douces), la mobilisation de financements publics fléché ou encore le développement de montages hybrides (SEM, SPL) pourraient être explorées en complément de la gratuité.
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Espelia accompagne les collectivités, les acteurs publics et leurs partenaires dans la conception, la gestion et la transformation des politiques publiques locales. Cabinet de conseil engagé au service de l'intérêt général, Espelia mobilise des expertises stratégiques, juridiques, financières et opérationnelles pour aider les territoires à construire des solutions durables et résilientes.