Alimentation : comment boucler la boucle ? Quel rôle pour les collectivités | Episode 3

Rédigé par Séverine CHARRIERE, directrice du pôle Déchets, Économie Circulaire, Agriculture et Alimentation

Article publié le : 28 mai 2024

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Séverine CHARRIERE

Directrice de pôle


Passer d’une logique concurrentielle à une logique collaborative : plus simple à dire qu’à faire !

La littérature scientifique identifie plusieurs freins à la création d’écosystèmes circulaires autour de l’alimentation à l’échelle du territoire :

  • La persistance de logiques de concurrence entre acteurs d’un même maillon et entre maillons (Alphandéry et al., 2021), parfois liée aux difficultés d’accès aux financements publics ;
  • La méconnaissance des maillons entre eux (Cerdd, 2015, Alphandéry et al., 2021), qui raisonnent principalement par filière tandis que les problématiques d’accès à l’alimentation durable et locale mobilisent une diversité de secteurs d’activité (action sociale, agriculture, distribution, culture, urbanisme, etc.)[1]. Cette méconnaissance touche à la fois les acteurs économiques de la chaîne de valeur alimentaire, mais aussi les initiatives locales en faveur de l’accès à l’alimentation qui relèvent davantage du monde associatif ou de l’Economie sociale et solidaire (paniers solidaires, épiceries coopératives etc.) ;
  • La difficulté à dégager des économies d’échelle dans un système alimentaire territorialisé qui ne permet pas la massification des flux (Steel, 2013, RMT Alimentation locale[2], 2020) : les acteurs du système alimentaire actuel étant souvent structurés pour fonctionner à l’export ou travailler avec des clients et fournisseurs qui leur garantissent des volumes suffisants en entrée et en sortie (c’est ce qui génère les économies d’échelle), la création de liens commerciaux avec les acteurs du territoire, souvent de plus petite taille, et proposant des petits volumes, peut apparaître peu rentable, voire risquée. Dans le cadre d’un projet de boucle alimentaire territoriale, il peut être intéressant pour les acteurs économiques de maintenir une double activité – en filière territoriale et en filière extraterritoriale, pour réunir des volumes suffisants et sécuriser leur modèle d’approvisionnement sur le long terme. Un modèle qui reposerait uniquement sur un nombre limité d’acheteurs et de fournisseurs, qui plus est, implantés sur le même territoire – donc sujets à des risques politiques, économiques et environnementaux similaires, serait risqué.

L’enthousiasme d’un certain nombre de collectivités pour la création d’un outil de transformation alimentaire qui soit propre à leur territoire (légumerie, conserverie etc.), fait souvent oublier l’écueil de la redondance des outils de transformation, et de ses effets sur leur rentabilité. L’identification des outils de transformation existants sur le territoire, mais également au-delà de ses limites administratives, est dès lors primordiale.

 

Où positionner efficacement l’action publique ?

Certains territoires font l’objet d’une médiatisation croissante sur les sujets agricoles et alimentaires : parmi eux, certains ont en commun d’avoir pris en charge une démarche de transition agricole et alimentaire eux-mêmes, par exemple en gérant un service en régie (ex : Mouans Sartoux[3]). Le schéma ci-dessous représente les principaux champs d’action dans lesquels s’engager en tant que collectivité pour mener une transition agricole et alimentaire en s’appuyant sur ses 3 piliers[4] :

Commande publique

Règlementation

Mise en relation d'acteurs

Commande publique en restauration collective associé à un sourcing précis des acteurs locaux capables d’y répondre

Appliquer AGEC et valoriser les biodéchets en compost/méthanisation

Création d'un cadre favorable aux délibérations entre acteurs du système alimentaire : permettre l'adaptation rapide des modèles et partenariats, en fonction de la conjoncture et des aléas.

Ex: Conseil Local de l'Alimentation, SCIC, SCOP
Création d’une régie agricole / de transformation / les deux

Protéger le foncier agricole sur le long terme via les outils fonciers disponibles

(cf. billet de blog : https://www.espelia.fr/#/Publications-et-Actualites/publications/agir-sur-le-foncier-agricole-un-champ-d-intervention-majeur-pour-la-resilience-des-collectivites-territoriales)

Mise en relation : susciter la mutualisation d'équipements et ou activités pour générer des économies d'échelles.

Ex: partager la logistique entre agriculteurs, mutualiser un atelier découpe

Etc.

Créer un cadre institutionnel facilitateur pour la transition agricole et alimentaire

Ex : création d'un Périmètre de Sauvegarde du Commerce et de l'artisanat de proximité, écriture d'une charte pour une alimentation de qualité

Sensibilisation des publics (ménages, scolaires, entreprises etc.) pour stimuler la transition par un changement de pratiques de consommation (transition par la demande)

Ex : sensibilisation à l'alimentation durable pendant les Temps d'Activités Périscolaires (TAP)
  Etc.

Création d'opportunités foncières et/ou financières pour amorcer une transition

Ex: lancement d'un AMI sur un terrain agricole communal
Tableau 1 - Exemples d'actions publiques envisageables pour soutenir des projets de boucles alimentaires (source : Espelia).

 

Tout l’enjeu pour les collectivités est ainsi de se coordonner avec l’initiative privée, pour limiter les redondances et se positionner en acteur facilitateur, en amont ou en accompagnement des stratégies individuelles de transition. Dans le cas d’un projet de boucle alimentaire, la coopération avec les acteurs privés est particulièrement exigeante : la boucle alimentaire requiert en effet la mobilisation de l’intégralité des acteurs du système alimentaire car elle vise une transition systémique plutôt que ciblée uniquement sur l’offre alimentaire (la production agricole le plus souvent) ou sur la demande (via la restauration collective par exemple).

 À suivre, toutes les étapes pour passer à l’action !

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Sources

Alphandéry, M., Laboulais, F. & Picard, D. (2021). Coordination et coopération territoriales, des outils essentiels pour agir collectivement en faveur de l’accès à une alimentation de qualité. Vie sociale, 36, 143-157. https://doi.org/10.3917/vsoc.214.0143

Cerdd. (2015). Système alimentaire et coopérations entre acteurs du territoire. http://www.atemis-lir.fr/wp-content/uploads/2016/07/systeme-alimentaire-et-cooperation.pdf

Raton G., Gonçalves A., Gaillard L., Wallet F. (2020) Logistique des circuits alimentaires courts de proximité : état des lieux, nouveaux enjeux et pistes d’évolution. Rapport pour la Fondation Daniel et Nina Carasso et le RMT Alimentation Locale, 69 p. f461ab_469fb11d3bc547e3a8a6cfa4e253b582.pdf (rmt-alimentation-locale.org)

Steel, C. (2013). Hungry City: How Food Shapes Our Lives. Random House.

 

[1] Lire p.3 systeme-alimentaire-et-cooperation.pdf (atemis-lir.fr) et p.8 https://www.cairn.info/revue-vie-sociale-2021-4-page-143.htm&wt.src=pdf

[2] Lire p.41 f461ab_469fb11d3bc547e3a8a6cfa4e253b582.pdf (rmt-alimentation-locale.org)

[3] https://ressources.terredeliens.org/les-ressources/la-regie-agricole-a-mouans-sartoux-83

[4] https://www.espelia.fr/#/Publications-et-Actualites/publications/Transition-alimentaire-roles-collectivites-peuvent-elles-jouer-episode-3-4

 


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