Rédigé par Séverine CHARRIERE, directrice du pôle Déchets, Économie Circulaire, Agriculture et Alimentation
La littérature scientifique identifie plusieurs freins à la création d’écosystèmes circulaires autour de l’alimentation à l’échelle du territoire :
L’enthousiasme d’un certain nombre de collectivités pour la création d’un outil de transformation alimentaire qui soit propre à leur territoire (légumerie, conserverie etc.), fait souvent oublier l’écueil de la redondance des outils de transformation, et de ses effets sur leur rentabilité. L’identification des outils de transformation existants sur le territoire, mais également au-delà de ses limites administratives, est dès lors primordiale.
Certains territoires font l’objet d’une médiatisation croissante sur les sujets agricoles et alimentaires : parmi eux, certains ont en commun d’avoir pris en charge une démarche de transition agricole et alimentaire eux-mêmes, par exemple en gérant un service en régie (ex : Mouans Sartoux[3]). Le schéma ci-dessous représente les principaux champs d’action dans lesquels s’engager en tant que collectivité pour mener une transition agricole et alimentaire en s’appuyant sur ses 3 piliers[4] :
Commande publique |
Règlementation |
Mise en relation d'acteurs |
|
Commande publique en restauration collective associé à un sourcing précis des acteurs locaux capables d’y répondre |
Appliquer AGEC et valoriser les biodéchets en compost/méthanisation |
Création d'un cadre favorable aux délibérations entre acteurs du système alimentaire : permettre l'adaptation rapide des modèles et partenariats, en fonction de la conjoncture et des aléas. Ex: Conseil Local de l'Alimentation, SCIC, SCOP |
| Création d’une régie agricole / de transformation / les deux |
Protéger le foncier agricole sur le long terme via les outils fonciers disponibles (cf. billet de blog : https://www.espelia.fr/#/Publications-et-Actualites/publications/agir-sur-le-foncier-agricole-un-champ-d-intervention-majeur-pour-la-resilience-des-collectivites-territoriales) |
Mise en relation : susciter la mutualisation d'équipements et ou activités pour générer des économies d'échelles. Ex: partager la logistique entre agriculteurs, mutualiser un atelier découpe |
|
Etc. |
Créer un cadre institutionnel facilitateur pour la transition agricole et alimentaire Ex : création d'un Périmètre de Sauvegarde du Commerce et de l'artisanat de proximité, écriture d'une charte pour une alimentation de qualité |
Sensibilisation des publics (ménages, scolaires, entreprises etc.) pour stimuler la transition par un changement de pratiques de consommation (transition par la demande) Ex : sensibilisation à l'alimentation durable pendant les Temps d'Activités Périscolaires (TAP) |
| Etc. |
Création d'opportunités foncières et/ou financières pour amorcer une transition Ex: lancement d'un AMI sur un terrain agricole communal |
Tableau 1 - Exemples d'actions publiques envisageables pour soutenir des projets de boucles alimentaires (source : Espelia).
Tout l’enjeu pour les collectivités est ainsi de se coordonner avec l’initiative privée, pour limiter les redondances et se positionner en acteur facilitateur, en amont ou en accompagnement des stratégies individuelles de transition. Dans le cas d’un projet de boucle alimentaire, la coopération avec les acteurs privés est particulièrement exigeante : la boucle alimentaire requiert en effet la mobilisation de l’intégralité des acteurs du système alimentaire car elle vise une transition systémique plutôt que ciblée uniquement sur l’offre alimentaire (la production agricole le plus souvent) ou sur la demande (via la restauration collective par exemple).
À suivre, toutes les étapes pour passer à l’action !
Sources
Alphandéry, M., Laboulais, F. & Picard, D. (2021). Coordination et coopération territoriales, des outils essentiels pour agir collectivement en faveur de l’accès à une alimentation de qualité. Vie sociale, 36, 143-157. https://doi.org/10.3917/vsoc.214.0143
Cerdd. (2015). Système alimentaire et coopérations entre acteurs du territoire. http://www.atemis-lir.fr/wp-content/uploads/2016/07/systeme-alimentaire-et-cooperation.pdf
Raton G., Gonçalves A., Gaillard L., Wallet F. (2020) Logistique des circuits alimentaires courts de proximité : état des lieux, nouveaux enjeux et pistes d’évolution. Rapport pour la Fondation Daniel et Nina Carasso et le RMT Alimentation Locale, 69 p. f461ab_469fb11d3bc547e3a8a6cfa4e253b582.pdf (rmt-alimentation-locale.org)
Steel, C. (2013). Hungry City: How Food Shapes Our Lives. Random House.
[1] Lire p.3 systeme-alimentaire-et-cooperation.pdf (atemis-lir.fr) et p.8 https://www.cairn.info/revue-vie-sociale-2021-4-page-143.htm&wt.src=pdf
[2] Lire p.41 f461ab_469fb11d3bc547e3a8a6cfa4e253b582.pdf (rmt-alimentation-locale.org)
[3] https://ressources.terredeliens.org/les-ressources/la-regie-agricole-a-mouans-sartoux-83
[4] https://www.espelia.fr/#/Publications-et-Actualites/publications/Transition-alimentaire-roles-collectivites-peuvent-elles-jouer-episode-3-4
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