Rédigé par Grégoire TEPER, Directeur du Pôle Mobilités
Aux dernières nouvelles, le déconfinement aura lieu le 11 mai. Le présent document a pour vocation de présenter quelques conseils aussi opérationnels que possible aux Autorités Organisatrices de la Mobilité (AOM) et leurs opérateurs pour se préparer au mieux à cette nouvelle phase de la crise sanitaire.
Il semblerait pertinent que les règles d’usage des transports, de distanciation physique et les modalités de délivrance / contrôle de titres décidées par les AOM sur la base des prescriptions nationales soient intégrées dans les règlements intérieurs des transports urbains et non urbains (scolaires).
Cette précaution aurait les visées suivantes :
Il apparait en effet assez inconcevable d’imaginer que les AOM et leurs opérateurs déploient du personnel d’exploitation dans tous les véhicules pour contrôler les usager ou que l’Etat mette à disposition la police nationale ou l’armée pour effectuer ces contrôles. L’information des voyageurs et l’appel au civisme constituent à ce titre un point crucial.
Parmi les mesures identifiées ou possibles :
Comme évoqué dans de nombreuses contributions d’experts, l’offre de transport en commun sera durablement affectée par la crise sanitaire et les facteurs de démobilité / de baisse de la fréquentation seront nombreux :
Dans ce contexte, il semble important de ne pas imaginer que le 11 mai induira un retour massif et immédiat vers les transports publics et s’assurer de ne pas déployer 70 % voire 100 % de l’offre de transport pour une fréquentation aussi faible qu’actuellement (intégration d’une grande progressivité en tenant compte également de la réduction des capacités d’emport résultant des mesures de protection des usagers).
Il convient cependant de proposer une offre bien dimensionnée en heures de pointe notamment pour permettre aux personnes « des premières lignes » de continuer à exercer leur activité dans de bonnes conditions.
Compte-tenu de la très forte baisse des ressources des AOM (Versement Mobilités et recettes tarifaires), il serait en effet ennuyeux de supporter le coût d’une offre de transport significativement plus importante que le besoin réel. Si l’offre est insuffisante, il sera toujours temps de l’ajuster à J+2 ou J+5. Il faut également être vigilant et intégrer une offre socle suffisamment déployée pour rassurer les usagers et participer à la dynamique de reprise.
Enfin, il est également important que le matériel roulant mobilisé pour assurer l’offre ne soit pas surdimensionné par rapport aux besoins d’une ligne ou d’une plage horaire (ex : mobiliser un bus articulé sur une heure creuse peut apparaitre surdimensionné et coûteux actuellement).
Il serait probablement intéressant de fonctionner en plusieurs temps. A titre d’exemple :
Les AOM peuvent tout à fait envisager une forte restructuration de l’offre et la très forte diminution voire l’arrêt des dessertes concernant les principaux générateurs de déplacement aujourd’hui fermés : universités, théâtres, stades, plages, etc.
Dans le même temps, un raisonnement inverse (en tenant compte des éléments du point 3.) pourrait être adopté sur la mise en place de mesures d’accompagnement aux modes actifs (marche et vélo) et partagés (covoiturage) sur les principaux générateurs de déplacement : zones d’activité, pôles administratifs et techniques, centres hospitaliers, etc.
La mise en place de pistes cyclables temporaires constitue une approche. On peut également en imaginer d’autres : incitation à une massification du covoiturage entre collègues, mise à disposition gratuite de vélos (prêts longue durée), augmentation significative des espaces de stationnement des vélos, …
L’objectif est bien entendu de lutter le plus efficacement contre un retour massif de l’autosolisme et des phénomènes de congestion qui l’accompagnent. Sur ce point, une mesure de repli pourrait être de libérer une partie des espaces de voirie en ouvrant les voies de bus à tous.
Dans tous les cas de figure, l’information voyageur devra être particulièrement soignée quels que soient les aménagements de services envisagés pour éviter de « perdre les usagers ».
Cette crise sanitaire est l’occasion de repenser intégralement l’ensemble du système des mobilités à l’échelle nationale mais surtout aux échelles locales (notamment du fait des baisses de ressources et des changements de comportements des usagers).
Le « système des mobilités » n’est plus concentré spécifiquement sur les transports en commun mais intègre désormais de manière beaucoup plus importante l’espace dédié à la marche (trottoirs mais pas uniquement), les « autoroutes à vélos » (temporaires ou non), la logistique urbaine, les politiques de stationnement, la motorisation des véhicules des particuliers, etc.
Il pourrait être intéressant que les futures politiques de mobilités intègrent par exemple les objectifs et ratios suivants :
Nous terminerons ce billet par une citation de Francis Bacon qui disait : « Celui qui n'appliquera pas de nouveaux remèdes doit s'attendre à de nouveaux maux ; car le temps est le plus grand des innovateurs. »
Retrouvez les précédents billets de blog de notre série dédiée au COVID-19 :
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Rédacteur : Grégoire Teper – Directeur du pôle Mobilités Espelia – gregoire.teper@espelia.fr
Contributeur(s) : Loïc Mahevas – Président et Directeur Général d’Espelia / Guillaume Beitz – Directeur adjoint du pôle mobilités d’Espelia / Marc Courtin – Consultant senior du pôle mobilités d’Espelia / Patrice Perrogon – Directeur Général de Tecurbis
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