Rédigé par Bruno LEDOUX, consultant du pôle Ressources, Climat et Biodiversité
Il est daté de décembre 2022, mais il n’a été rendu public que fin août de cette année. Et il s’intitule « Risques d’origine glaciaire et périglaciaire - Eléments en soutien à un plan d’action ». Comme si les trois ministères commanditaires de ce rapport d’inspection – transition écologique, intérieur, recherche – avaient opportunément attendu « le bon créneau ». Car le mois d’août n’a pas été avare d’éboulements de falaise et de chutes de pierre mortelles dans les Alpes, nourrissant une nouvelle fois les débats sur les effets du changement climatique en montagne, la vulnérabilité des infrastructures qui y sont installées ou celles à venir, et le rôle des acteurs, locaux et nationaux, dans l’aménagement – l’adaptation – de ces territoires particuliers.
A l’occasion de cette publication, Espelia et son Pôle Ressources Climat Biodiversité vous proposent quelques éclairages sur ce mois d’août « chargé » puis une lecture particulière de ce rapport d’inspection.
Eté 2023, difficile d’être passé à côté des actualités évoquant des « écroulements » de terrain en montagne, notamment au mois d’août, tellement ces phénomènes ont été nombreux. Et parfois très spectaculaires. L’évènement le plus impressionnant est celui survenu le 27 août en Savoie (vallée de la Maurienne), filmé par un habitant. Plus de 10.000 m3 de roches qui dégringolent d’un versant, provoquant un nuage de poussière digne d’une éruption volcanique. Aucune victime – un miracle – mais l’A43, entre Saint-Michel-de-Maurienne et Modane, ainsi qu’une route départementale sont coupées à la circulation (l’A43 sera réouverte le 8 septembre, mais la D1006 est toujours fermée). L’éboulement a également provoqué l’interruption du trafic SNCF entre la France et l’Italie (toujours non rétabli, des purges hydrauliques sont en cours pour faire tomber 3.000 m3 toujours menaçants), et celui des TER dans la vallée de la Maurienne.
L’important trafic des poids-lourds qui ne pouvaient plus emprunter le tunnel du Fréjus a été dirigé vers le tunnel du Mont Blanc, dont la fermeture programmée pour travaux a été reportée. L’impact économique sur la vallée, non chiffrée à ce jour, est énorme.
Deux jours plus tard, un impressionnant glissement de terrain détruit six maisons dans le canton de Glaris, en Suisse. Et quelques jours plus tôt, le 23 août, 10 à 20.000 m3 de roches s’effondraient d’un versant de l’Aiguille du Midi. Plusieurs personnes sont mortes dans le massif du Mont Blanc en raison de chutes de pierres. Plusieurs refuges ont été fermés pour éviter de nouveaux drames. En mai, le refuge de la Pilatte au cœur du massif des Écrins, avait fermé car la fonte d’une partie du glacier tout proche a provoqué l’instabilité du flanc de rocher sur lequel est placé le bâtiment. Tout le versant menace de s’effondrer…
Arrêtons la litanie. Pas encore de bilan pour cet été, mais les chercheurs du laboratoire Edytem (unité de recherche de l'Université Savoie Mont Blanc et du CNRS) ont répertorié environ 250 éboulements importants dans le seul massif du Mont-Blanc en 2022.
Cet été, avec +10° enregistrés au sommet de l’Aiguille du Midi, et un isotherme qui est monté à 5000 mètres, difficile de ne pas corréler tous ces évènements au changement climatique, et plus particulièrement à la canicule.
Ludovic Ravanel est directeur de recherche au CNRS, géomorphologue et spécialiste de l’évolution des milieux de haute montagne. Dans un entretien donné au Moniteur le 30 août, il apporte des nuances de taille aux explications rapides et toutes faites de certains journalistes.
Pour ce spécialiste, le lien entre l’éboulement de la Maurienne et le changement climatique « est très ténu même si c’est un facteur météorologique qui a permis son déclenchement à ce moment-là. Cet événement se serait produit de toute façon car le site était vraiment en limite de stabilité avec un contexte géologique et structural très favorable à la déstabilisation ». Explication : la canicule a conduit à dessécher les matériaux meubles – sable, terre, graviers, etc. – présents dans les fissures de la roche. Or ces matériaux doivent conserver une certaine humidité pour participer à la stabilité de l’ensemble. Et juste après la canicule, la région a subi des précipitations importantes. En pénétrant dans les fractures, la pluie augmente les pressions hydrauliques, ce qui suffit à déclencher le phénomène tel qu’on a pu l’observer.
L. Ravanel explique que « Le rôle du réchauffement climatique sur des écroulements est beaucoup plus fort en haute altitude, à partir de 2 500-3 000 m, là où l’on a du permafrost ». Ce qui n’est pas le cas pour cet éboulement, que L. Ravanel attribue à « une érosion naturelle ». « Néanmoins, le réchauffement climatique s’intègre dans des changements globaux dans lesquels on retrouve davantage d’extrêmes climatiques, de canicules, de fortes précipitations, ce qui a tendance à déclencher ces phénomènes ».
Pour conforter ce point de vue d’une « érosion naturelle », il faut noter que la falaise était surveillée depuis plusieurs années, qu’une étude géologique de 1975 concluait au caractère inéluctable de son érosion, en raison de son instabilité structurelle. Et il y a plus d’un siècle, un tunnel a été percé sur cette portion pour protéger la voie SNCF…
D’autres éboulements de l’été sont en revanche et sans conteste imputables à la fonte du permafrost. Les sols de haute montagne gelés toute l’année joue un rôle de ciment. Si le ciment fond, les blocs les plus fracturés, déstabilisés, se détachent des falaises.
L. Ravanel et ses collègues ont mis en évidence une augmentation de la fréquence des éboulements depuis 30 ans, au-dessus des 2 500 mètres, en particulier lors des étés caniculaires comme en 2003, 2015, 2017. Non seulement la fréquence augmente, mais aussi les volumes éboulés, qui peuvent parfois atteindre plusieurs millions de mètres cube.
Bon, mais alors, on fait quoi ? C’est quoi l’adaptation face à ces phénomènes ?
Les inspecteurs généraux proposent des pistes d’action, dans la perspective de la stratégie nationale pour la prévention et les gestion des risques d’origine glaciaire et périglaciaire, dont l’un des objectifs est de « mobiliser conjointement les collectivités locales et l’Etat à l’échelle nationale et déconcentrée ».
A suivre dans le prochain épisode.
*Non, les consultants d’Espelia n’inventent pas des mots : ce verbe appartient au vocabulaire de l’alpinisme et du canyonisme. Il se dit d’une paroi rocheuse, très fracturée et fragile, d’où tombent fréquemment et dangereusement des pierres.*
Accompagnement à la définition du pacte territorial de transition écologique et industriel...
En savoir plus >Plan stratégique d’adaptation au changement climatique du Massif des Pyrénées ...
En savoir plus >Etude comparative des modes de gestion des sites lacustres en France et en Europe ...
En savoir plus >Accompagnement à la mise en place d’un budget vert à Saint-Nazaire...
En savoir plus >Restez informé de l'actualité
Espelia accompagne les collectivités, les acteurs publics et leurs partenaires dans la conception, la gestion et la transformation des politiques publiques locales. Cabinet de conseil engagé au service de l'intérêt général, Espelia mobilise des expertises stratégiques, juridiques, financières et opérationnelles pour aider les territoires à construire des solutions durables et résilientes.