Pas de front de mer bétonné, ni panneaux publicitaires : Pampelonne s’étend sur 4,5 km de sable, bordée de vignobles et collines vierges, avec pour horizon le cap Camarat classé. Chaque été, ce site d’exception attire jusqu’à 30 000 visiteurs par jour. Mais derrière ce paysage idyllique, un pôle économique majeur : 34 établissements – restaurants, bars, activités nautiques – occupant le domaine public depuis des décennies, sans réel encadrement. 600 emplois directs, 1 000 indirects, et plus de 50 M€ de chiffre d’affaires annuel… pour une petite commune de 2 000 habitants, seule à assumer entretien, protection du milieu et surveillance.
En 2017, Ramatuelle doit affronter un défi inédit : première mise en concurrence des lots de plage en France. Les restaurateurs installés depuis des décennies ne comprennent pas pourquoi « leur » terrain n’est plus acquis. Entre préservation du cordon dunaire, réduction des impacts, maintien d’une plage “naturelle” et encadrement des services, l’enjeu est colossal. La bataille s’annonce rude : 30 lots à attribuer, face à de puissants groupes hôteliers. Espelia intervient pour organiser et réguler la procédure, dans un calendrier serré : 30 DSP à conduire en 8 mois, malgré les retards administratifs et les délais des permis de construire.
La commune fixe ses priorités : structures démontables et légères, respect du paysage, disparition des blocs de béton et des “plages privées” saturées de transats. Le cahier des charges impose :
Un pari risqué, avec la crainte d’effrayer les candidats. Mais le résultat dépasse les attentes : 135 offres reçues pour 30 lots. Espelia doit analyser un volume colossal en trois semaines, avec tableaux comparatifs, double contrôle et classement impartial, loin des pressions locales.
Les projets proposés marquent une rupture : structures ouvertes, intégrées au paysage, services accessibles aux non-clients. Pas de passe-droit, pas de prime au sortant : chacun sait qu’il sera jugé sur des critères objectifs.
Suit la phase des négociations : 60 séances à mener, parfois hautes en couleur, entre candidats influents, stars médiatiques et grands chefs. Mais la procédure reste ferme et indépendante. Les offres finales révèlent des projets de qualité : architectures soignées, tarifs maîtrisés, services renforcés. Les recettes attendues permettront à la commune de financer la démolition des anciens bâtiments en dur, la régénération du cordon dunaire et la préservation de la plage pour 12 ans.
Vient l’heure des choix. Les attributions sont annoncées, parfois fêtées comme des victoires, parfois vécues comme des drames. Les recours pleuvent : 17 référés, des accusations dans la presse et sur les réseaux. Trois semaines de tension, jusqu’au jugement du tribunal de Toulon : 29 lots validés sur 30. Un seul à relancer, pour un détail administratif.
Contrat rempli : Ramatuelle a montré qu’une plage mythique pouvait conjuguer attractivité, transparence et exigence environnementale. L’exemple a fait école : Saint-Raphaël, Sète, Cabourg, Trouville, Fréjus… partout, les “plages privées” d’hier deviennent de véritables services publics balnéaires.
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