Début des années 2010. Alors que l’Europe panse encore les plaies de la crise financière de 2008 et que de l’autre côté de la Manche, les premières rumeurs d’un potentiel « Brexit » commencent à agiter les cercles politiques londoniens, la pression s’intensifie sur le littoral français.
Calais, le premier port de passagers d’Europe continentale et hub névralgique du fret, frôle l’asphyxie. Les compagnies maritimes, lancées dans une course effrénée à la rentabilité face au tunnel sous la Manche, déploient des ferries de plus en plus impressionnants. Les infrastructures historiques ne suivent plus.
Pour la région Hauts-de-France, le constat est sans appel : il faut repousser la ligne d’horizon. Le projet monumental du « Nouveau Port de Calais » est acté. Au programme, une digue titanesque de 3 kilomètres gagnée sur la mer, un bassin de 90 hectares et 3 nouveaux postes capables d’accueillir les mastodontes des mers.
Dessiner un port est une chose ; le financer en est une autre. Trouver 860 millions d’euros dans une économie frileuse où les banques ont fermé les vannes du crédit à long terme est une gageure. C’est dans ce climat de haute tension financière que la région mandate les experts d’Espelia. De 2010 à 2015, nos équipes accompagnent la région pour concevoir un puzzle technique, contractuel et financier capable de sauver le projet sans couler les finances publiques régionales.
Face à l’obsolescence des schémas de financement classiques, la région a fait, avec notre appui, le choix de la disruption et de repenser intégralement le modèle. Un peu d’audace ? Créer un montage inédit qui fait véritablement « bouger les lignes ».
En sanctuarisant des flux de recettes garanties spécifiquement pour le nouveau port, la région, accompagnée par Espelia, a façonné une sorte de « marché de partenariat » au cœur même de la concession globale. Le résultat est sans appel : le besoin en fonds propres (la ressource financière la plus chère) s’effondre au profit d’une dette maîtrisée.
De même, à une époque où c’est une rareté absolue en France, le projet va chercher son salut sur les marchés financiers en levant une dette obligataire. Ce tour de force permet de décrocher une durée d’emprunt exceptionnelle de 40 ans à des taux extrêmement compétitifs.
Nous avons ainsi contribué à faire du port de Calais le tout premier port français à décrocher le « Project Bond Credit Enhancement », un mécanisme de rehaussement de crédit flambant neuf porté par l’Union Européenne et la BEI. Une assurance tous risques qui a rassuré les investisseurs les plus frileux.
Aujourd’hui, les ferries XXL manœuvrent avec aisance à l’abri de la nouvelle digue. Mais notre empreinte dans ce dossier ne se mesure pas seulement en mètres cubes de béton. En prouvant qu’il était possible d’allier audace financière, rigueur opérationnelle et défense de l’intérêt public, la région a créé un précédent, qu’Espelia a été fière d’accompagner.
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