Rédigé par Marie Tuffier, consultante au pôle Ressources Biodiversité Climat
Activité particulièrement répandue en Seine et en Marne, la baignade en eau naturelle en milieu urbain a connu une période de déclin à partir du 20ème siècle, conséquence de la dégradation de la qualité de l’eau. De nos jours, la multiplication des épisodes de fortes chaleurs et la volonté des citoyens de renouer le lien avec les cours d’eau imposent aux collectivités de réfléchir à l’aménagement de sites de baignade compatibles avec les enjeux de durabilité actuels.
Depuis plusieurs siècles, les Français ont pour habitude de se rafraîchir dans les rivières et canaux français. C’est particulièrement vrai le long de la Seine et de la Marne, où, des années 1850 aux années 1970, les franciliens se baignent partout le long des rivières. Mais depuis les interdictions de baignade – en 1923 à Paris intra-muros et en 1970 dans la Marne – pour cause de pollution de l’eau, cette pratique emblématique du territoire a progressivement disparu. Pourtant, le début des années 2000 marque le retour d’une forte demande sociale pour cette activité, et ce dans le monde entier. On observe que plusieurs villes françaises se réconcilient avec leurs berges dès les années 1980, et les divers exemples européens de baignade urbaine – Copenhague, Berlin, Bâle - ont fait (re)naître une certaine envie de disposer du même loisir en France.
La demande sociale croissante pour la baignade urbaine s’inscrit dans le contexte du changement climatique et de l’augmentation de la fréquence des vagues de chaleur observées en France ces dernières années. D’après une étude de Météo France parue en 2022, il y a eu 3 fois plus de vagues de chaleur ces trente dernières années qu’il n’y en a eu pendant les 42 précédentes. A noter que 19 vagues de chaleur ont été recensées sur la seule décennie 2010-2020. Plus récemment, la vague de chaleur de juin 2022 marquera certainement le record de précocité encore jamais enregistré.
Les territoires et particulièrement les villes sont et seront de plus en plus concernées par ces problématiques liées à la chaleur : les « ilots de chaleur urbains », conséquence de la minéralisation de l'espace public, des activités urbaines, de la configuration des villes limitant l'action rafraîchissante des vents, et de la densité du bâti absorbant la chaleur et la restitue lentement pendant la nuit, constituent une menace pour l’habitabilité des villes en période de fortes chaleurs.
Etant donné l’intérêt croissant des riverains pour cette pratique et la nécessité de proposer davantage de points de rafraîchissement dans le contexte du changement climatique, les collectivités territoriales se saisissent peu à peu de la question de l’aménagement et de la gestion d’un site de baignade urbaine. L’objectif de reconquête de la pratique via l’aménagement de sites de baignades est affiché par de nombreux acteurs et à plusieurs échelles. Ainsi, la démarche du Syndicat Marne vive (SMV) pour rouvrir 5 sites de baignade en Marne s’inscrit dans une dynamique francilienne, également portée par les Départements, et elle-même dynamisée par la perspective des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024. Des épreuves de natation sont prévues dans la Seine, et les dépenses engagées pour les Jeux ont vocation à permettre la création de nouveaux sites de baignade pérennes à la fois en Seine et en Marne.
S’il peut représenter une opportunité pour le territoire, ce retour de la baignade en rivière comporte également une multitude d’implications et d’interrogations pour les collectivités. Au-delà du critère incontournable de la qualité bactériologique de l’eau, l’ouverture d’un site de baignade englobe plusieurs enjeux pour la collectivité, pouvant entre autres relever de la sécurisation du site et de la responsabilité des maires en cas d’accident, mais aussi de la viabilité économique du projet et notamment de l’identification de différentes sources de financement possibles pour la collectivité.
L’enjeu clé de réussite de ces projets réside dans la coordination et la mutualisation des actions entre acteurs, permettant de mettre en commun les moyens mobilisés, afin de permettre aux collectivités de proposer des lieux de baignade sécurisés et conviviaux aux habitants.
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