Rédigé par Marie Tuffier, consultante au pôle Ressources Biodiversité Climat
Au-delà de permettre de satisfaire les besoins de rafraîchissement et de loisir des habitants, le projet baignade peut également représenter un levier dans le cadre de la reconquête de la qualité des eaux. En cela, il est à même de constituer une vitrine pour les politiques de l’eau menées depuis des décennies dans les territoires, en rendant l’objectif d’amélioration de la qualité de l’eau plus tangible pour la population.
Etant donné les risques d’une eau sale pour la santé des baigneurs, la réglementation entourant la baignade s’est grandement enrichie depuis les années 1970, avec l’avènement d’un cadre juridique européen spécifique. Aujourd’hui, la législation comprend une trentaine de directives sur l’eau, regroupées dans la Directive Cadre sur l’Eau (DCE), qui impose notamment aux Etats membres l’obligation d’atteindre un « bon état écologique » des eaux à des échéances définies. Si toutes n’ont pas pour but d’atteindre le niveau de qualité en cours d’eau requis pour la baignade précisément, elles y participent fortement, puisqu’elles contribuent à l’amélioration globale de la qualité de l’eau.
La baignade s’envisage par le biais d’une amélioration de la qualité bactériologique de l’eau des rivières, par temps sec et par temps de pluie. Cela implique une analyse fine des paramètres microbiologiques, suivis grâce aux indicateurs fécaux, E. coli et entérocoques intestinaux. La Directive Baignade de 2006 impose ainsi aux gestionnaires de baignades des modalités précises de recensement des eaux de baignade, et des seuils de contamination à ne pas excéder, mais aussi l’obligation de présenter des mesures de réduction de la pollution, et d’information du public.
La présence de bactéries indique une contamination fécale de l’eau et donc un risque de pathogènes pouvant provoquer des maladies. Les sources de ces bactéries peuvent être ponctuelles (rejets d’eaux usées domestiques, rejets directs d’effluents d’élevage, etc.) ou diffuses (infiltration d’eau provenant de systèmes d’assainissement autonomes comme les fosses septiques, fuites des réseaux d’assainissement défaillants, etc.).
Parmi les multiples causes de dégradation de la qualité de l’eau, les mauvais branchements des réseaux d’assainissement apparaissent particulièrement problématiques, notamment dans le cas de la Seine et de la Marne. En cas de réseau d’assainissement séparatif, on parle de « mauvais branchement » quand le tuyau d’évacuation des eaux usées est branché sur le tuyau des eaux pluviales, et inversement. Les eaux usées, censées être traitées en station d’épuration (STEP) partent ainsi directement vers le milieu naturel, et les eaux pluviales partent elles vers les STEP. Le milieu naturel, et notamment les cours d’eau se retrouvent alors pollués par les eaux usées provenant des habitations mal branchées au réseau d’assainissement.
De manière générale, plusieurs mesures peuvent être prises afin de lutter contre cette problématique :
Outre la thématique des eaux usées, le projet baignade invite à davantage se pencher sur les questions d’amélioration de la gestion des eaux pluviales. En effet, en situation de réseau de collecte unitaire, en cas de fortes pluies, si la STEP ne peut traiter l’ensemble des eaux récoltées - malgré l’existence de bassins tampons pour stocker l’excédent - alors une partie d’entre elles sera déversée directement dans le milieu naturel. Or, les eaux pluviales ruisselant en milieu urbain doivent elles aussi être traitées, en raison de la quantité de substances qu’elles contiennent. Pour lutter contre ce phénomène, il s’agit alors de mener des travaux de restructuration des réseaux afin d’éviter le débordement des STEP, ou de réduire les apports en cas de pluie (par exemple en détournant l’eau vers des « bassins stoppants »).
Des baignades ont déjà lieu de nos jours en Ile-de-France : site de Meaux Plage, baignades évènementielles dans l’Ourq et le canal Saint-Martin sur une journée, bassins flottants de La Villette… Des améliorations de la qualité ont été observées à la fois dans la Seine et dans la Marne, grâce aux efforts menés depuis une dizaine d’années. L’ouverture de davantage de lieux de baignade pérennes et durables reste néanmoins conditionnée à la concentration bactériologique, qui fait l’objet d’une grande variabilité selon le régime de la rivière et les impacts du changement climatique (modification des précipitations et déversements plus fréquents notamment).
Par ailleurs, la révision actuelle de la Directive Baignade laisse entrevoir une évolution de la réglementation. La prise en compte des polluants émergents comme les microplastiques et les produits pharmaceutiques est envisagée, ou encore l’intégration des risques liés aux cyanobactéries. La Commission européenne devrait arbitrer sur une potentielle mise à jour début 2023.
Ainsi, l’existence de synergies entre les objectifs de reconquête de la qualité bactériologique de l’eau, et ceux de préservation de la ressource en eau au sens large font du projet baignade un projet pleinement inscrit dans la transition écologique des territoires, à la croisée d’une multitude d’enjeux.
Finalement, au-delà des enjeux liés à la qualité de l’eau, l’aménagement du site et la pratique de la baignade peuvent avoir un impact sur le milieu. Le projet baignade implique ainsi une concertation avec les différents organismes de protection environnementale et de la biodiversité.
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