Annecy : fusionner six communes aux cultures politiques opposées en dix-huit mois

Article publié le : 16 oct. 2026

Annecy a été l’une des premières grandes villes de France à s’engager résolument dans le mouvement des communes nouvelles, porté par la loi NOTRe de 2015. Les motivations étaient doubles : saisir les incitations financières de l’État mais surtout donner à la ville un poids politique inédit face aux grandes institutions régionales et nationales. Car dans un territoire alpin disputé entre Grenoble, Lyon et Genève, la taille compte.
Le projet, porté par les six maires, consistait à fusionner Annecy et cinq communes limitrophes : Annecy-le-Vieux, Cran-Gevrier, Meythet, Pringy et Seynod, pour former une commune nouvelle de 128 000 habitants, la plus peuplée de France à sa création. Fait marquant : la ville d’Annecy historique ne représentait que 40% de la population de la future commune. Autrement dit, la « grande Annecy » ne serait pas simplement une annexion déguisée, mais une véritable construction collective. 

« Les six communes affichaient des colorations politiques très différentes, allant de la gauche à la droite, ce qui rendait l’exercice particulièrement délicat. Trouver un socle commun relevait autant de la diplomatie que de la gestion publique. »

Pour les accompagner dans cet exercice, les six maires ont confié à Espelia une première mission, sans doute la plus sensible : faire se parler des communes qui ne se parlaient pas vraiment. Espelia a conçu et animé des groupes de travail mixtes, réunissant élus et agents administratifs des six communes, pour dresser un état des lieux complet de chaque politique publique communale ; une vingtaine au total. 
Pour chacune d’elles, les échanges portaient sur trois dimensions : le niveau de service rendu aux habitants, l’organisation en place, et les pratiques propres à chaque commune. Un travail de comparaison minutieux qui réservait parfois des surprises : à quelques kilomètres de distance, deux communes pouvaient avoir des approches radicalement différentes sur des sujets aussi concrets que les horaires d’accueil du public, les tarifs des crèches ou les modalités d’attribution des subventions associatives.

Les sujets les plus sensibles, la sécurité et la culture notamment, ont nécessité plusieurs séances de travail pour dégager des orientations acceptables par tous. La culture, en particulier, cristallisait les identités locales : chaque commune avait ses équipements, ses festivals, ses associations emblématiques. Toucher à ses symboles c’était toucher l’âme des quartiers. 

Tout au long de ce processus, Espelia assurait un reporting hebdomadaire en conférence des six maires : avancées, divergences, points de blocage… rien ne restait dans l’ombre. Cette transparence a été un facteur clé de la confiance mutuelle. 

Une fois les grandes orientations validées par les maires, Espelia a conduit la phase de faisabilité détaillée, en examinant méthodiquement synergies et doublons. Car une fusion de cette ampleur soulève une multitude de questions concrètes : 

  • L’accueil du public : faut-il spécialiser les six hôtels de ville autour de thématiques précises (état civil ici, urbanisme par là…) ou maintenir une offre généraliste de proximité dans chacun ?
  • La gouvernance : comment organiser l’équipe des élus et dessiner l’organigramme d’une administration entièrement nouvelle ?
  • Les ressources humaines : comment harmoniser des grilles de primes, des régimes indemnitaires et des cultures managériales très différentes, sans créer de sentiment d’inégalité parmi les quelque 3 000 agents concernés ?
  • Le patrimoine bâti : quelle rationalisation des locaux occupés par les services, souvent redondants d’une commune à l’autre ?
  • Les systèmes d’information : comment fusionner des SI hétérogènes en assurant la continuité du service public ?

La fusion a bien sûr engendré des coûts d’alignement (hausse du niveau de service dans certaines communes) et de restructuration (investissements informatiques conséquents, notamment). Mais ces dépenses ont été largement compensées par les dotations financières supplémentaires accordées par l’État, faisant de l’opération un succès budgétaire autant qu’institutionnel.

En dix-huit mois, six communes aux histoires et aux cultures distinctes sont devenues une seule ville. Ce type de projet ne se pilote pas uniquement avec des tableurs et des organigrammes, il se construit avec du dialogue, de la pédagogie et une méthode rigoureuse. C’est précisément ce qu’Espelia a apporté tout au long de l’aventure annécienne.

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